Ma grande fille sera à la maison lundi pour une petite semaine. J’ai envie de parler d’elle.
Elle était en 5° quand un jour elle m’annonce en riant :
« tu sais, maman, je sors avec Swan ! »
Ma réaction immédiate a été de l’embrasser. Je suis tellement heureuse de cette confidence !
C’est avec Chriss que pour la première fois je la vois, deux ans plus tard, main dans la main avec un garçon…
En Grèce avec nous elle écrit souvent à Thira qui est devenu son premier amant. Elle va rentrer au lycée, elle a quinze ans. Toujours très complice avec Clémentine, elles rient comme des folles en se racontant leurs vies. Thira est charmant, nous le recevons à la maison, il vient avec nous en vacances. Leur histoire dure toute une année puis Raphaëlle se lasse, sort même avec son meilleur ami le regrettant aussitôt…
Au premier trimestre, alors qu’elle est en première elle m’annonce un soir, les yeux brillants : « maman, j’ai rencontré un mec sur internet »
Là je ne ris plus ni ne l’embrasse. Mon sang ne fait qu’un tour. Pour moi, en 2005, un mec sur internet c’est forcément un pédophile de 50ans se faisant passer pour un jeune.
« Maman ! Il parle avec moi avec la web cam ! Il a pas 50 ans … »
« …. ? »
« Ben oui, sur MSN on met tous les deux la cam et on se voit »
Pourtant l’ordi est dans le salon, je ne m’en suis pas aperçue. Evidement à ce moment là je suis préoccupée par ma vie de couple à moi qui ne pas fort et ma reprise d’études alors je rate des trucs chez mes filles. je m’en veux.
« Comment tu l’as connu? » je demande
« Sur un forum de discussion des fans d’Indochine »
« Mais encore ? «
« C’est Grena (sa meilleure amie) qui me l’a présenté »
« Qu’est ce que tu sais de lui ? «
« Il est en terminale, à Montpellier »
Nous étions en décembre 2005, ma fille Raphaëlle venait de rencontrer Dibou, le jeune homme avec lequel elle vit encore aujourd’hui un amour véritable et entier.
Mais le soir où elle m’avoue cette rencontre virtuelle, elle ne l’a pas encore « vu en vrai ». Elle veut me prévenir qu’il va peut être venir… Je le découvre moi aussi par l’intermédiaire de la cam. Il est tout mignon et se coiffe comme Nicolas Sirkis….
Au mois de Janvier suivant, elle me demande si elle peut passer le week end entier chez Grena.
« Deux nuits ? » je lui dit
« Oui maman, Fatia descend de Paris et on veut passer le week-end ensembles ! »
« Attend, Raphaëlle, Fatia peut être, et Dibou, il sera aussi non ? »
« Non, maman je te jure, Dibou ne vient pas. »
A ce moment là, en plus de mes études et notre relation bancale, Félix doit se faire opérer. Il va passer quelques jours à l’hôpital, je laisse Raphaëlle à ses copines. Je l’appelle le dimanche : » tout va bien maman, je reviens à la maison ce soir. » Ce qu’elle fait.
C’est en Mars alors que Félix est en convalescence à la maison et qu’on en profite tous les 2 pour ranger un peu la maison que j’ouvre, dans sa chambre, une petite boite posée sur son étagère. Pourquoi j’ai fais ça je ne le sais encore pas aujourd’hui.
A l’intérieur de la boite, deux billets de train sont pliés. Un aller et un retour à Montpellier. Je ne mets que quelques secondes à comprendre : elle ne m’a pas menti, Dibou n’est pas venu. C’est elle qui est partie deux jours à Montpellier…. sans rien dire à personne…. à seize ans….